Une rencontre en exil : la reine Ranavalo retrouvant, à l’exposition coloniale [de Nogent-sur-Marne], un ancien musicien de son palais de Tananarive. L’Illustration, n°3368, samedi 14 septembre 1907, p. 179.

La reine Ranavalo n’a pas voulu quitter Paris pour regagner sa résidence d’Algérie sans avoir visité l’exposition coloniale de Nogent-sur-Marne. Accompagnée de sa tante, de sa nièce et de Mme Delpeu, elle s’y rendit samedi dernier. Naturellement, M. Dybowski, le commissaire général et M. Prudhomme, ancien directeur de l’agriculture à tananarive, empressés à la recevoir, la conduisirent d’abord au pavillon de Madagascar. La couleur locale du décor, les produits, les plantes, les parfums, de sa terre natale, donnèrent à l’ex-souveraine exilée l’illusion d’un retour au pays, surtout lorsqu’elle vit se dresser devant elle un orchestre de musiciens malgaches qui la saluaient d’une aubade et dont elle reconnut plusieurs, comme ayant appartenu, sous son règne, au personnel du palais. Leur doyen Rassambo, âgé de cinquante-cinq ans, se détachant du groupe, lui adressa un kabary ou compliment de bienvenue ; elle remercia brièvement, très émue, puis, pendant quelques instants, s’entretint familièrement avec ses compatriotes, dans sa langue maternelle. Des airs de « là-bas », joués sur la valiah [sic], sorte de violon primitif [sic], éveillèrent chez la petite reine déchue des souvenirs attendris : l’éclat de ses yeux se voila d’une buée fugitive ; mais bientôt elle se ressaisit , et ce fut un visage résséréné que, de la meilleure grâce du monde, elle offrit à l’objectif du photographe de L’Illustration.

Bref compte rendu dans  : "Villages noirs" et autres visiteurs africains et malgaches en France et en en Europe, 1870-1940 /Jean-Michel Bergougniou, Remi Clignet, Philippe David. – Paris : Éd. Karthala, 2001. - Hommes et sociétés. [Lire le compte rendu]